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mardi 14 février 2017

Promenade à travers le marché d'Aligre à Paris

« Au printemps, des roses, des lys, des violettes simples et doubles. En été du pavot, des poires; maintenant qu'il est automne, du raisin, des figues, des grenades, des myrtes verts. » Le jardin de Philétas, Daphnis et Chloé, Longus (IIIe siècle ap. JC)


Photo Diane S. 1996
Il est 13H00. La cloche de la mairie, place d'Aligre, vient de sonner et le fantôme du garde champêtre qui jadis arpentait le marché comme un Cerbère rejaillit des temps anciens.

Le marché vient d'atteindre le comble de l'apothéose dans un délire de cris, comme un bouquet final, pour vendre  ses dernières denrées. Je regarde se dissiper lentement le brouillard d'hommes de ma terrasse de café à l'angle de la rue d'Aligre et de la rue Théophile Roussel; 



Le marché ferme. À l'emplacement du fleuriste qui jouxte le marché couvert, il ne reste plus qu'un fouillis de roses rouges, crème et orangées, comme les cadavres de bouquets que des spectateurs imaginaires auraient lancé aux toréadors victorieux.



Le petit ventre de Paris
Le 2 février 1642, l'abbesse Marie Bouthillier reçut de Louis XIII le privilège de créer un marché couvert. La petite halle, c'est ainsi que s'appelait ce marché, se situait sur le faubourg Saint Antoine, vis à vis de l'abbaye. 

La population du quartier augmentant, le marché empiéta sur la voie publique, embarrassant le trafic sur le faubourg. Il faut alors imaginer un déballage de ballots de fourrage, dans un fouillis de voitures de cheval et de paysannes en cheveux.

Les abbesses, avec à leur tête Gabrielle Charlotte de Beauveau, demandent alors au roi Louis XVI l'ouverture d'un nouveau marché et mettent en vente un terrain composé de marécages et d'enclos.

En 1779, Nicolas Lenoir commença l'aménagement du marché. Le marché Beauveau saint Antoine fut achevé en 1781. En 1793, le marché, devenu propriété nationale est baptisé désormais marché Lenoir. Jusqu'en 1843, date de la reconstruction du marché, les droits de place et de vente sont perçus par un fermier moyennant une redevance qu'il verse à l'État. Ces droits seront désormais perçus par la Ville de Paris. Le marché couvert, situé aujourd'hui sur la Place d'Aligre, sera achevé en 1846. En 1867, le marché devient le marché d'Aligre, du nom de la bienfaitrice de l'hospice des enfants trouvés qui se situait à l'emplacement de l'actuel square Trousseau. Aligre est alors le deuxième ventre de Paris où les revendeurs des Halles viennent s'approvisionner.




Compteurs d'œufs et langueyeurs

À cette époque, les produits, cultivés et vendus directement sur le marché par les paysans des alentours de Paris, s'entassent dans un tohu-bohu de tous les diables; chaos d'hommes, de végétaux et d'animaux tout de même ordonné par les compteurs d'œufs, les placiers du XVIIIe siècle.
Vers la fin du XIXe siècle, les revendeurs qui s'approvisionnent aux Halles et les intermédiaires commencent à s'installer sur le marché tandis que les producteurs peu à peu s’écartent du marché. Ce phénomène s’est amplifié et aujourd'hui les producteurs ont quasiment disparu. De temps en temps, une jeune femme vient vendre les fleurs de son jardin, ou un vieux monsieur, ses petits pots de miel.

Il y a l'image insolite des porcs tirant la langue à des messieurs appelés langueyeurs, qui l'examinent. Ce sera leur dernier pied de nez au sort qui les attend.
Au commerce de la nourriture, s'ajoute également le commerce des fripes et de la brocante. On raconte que les "marchandes à la toilette" rachetaient aux bourgeoises les robes qu'elles ne portaient plus pour les revendre sur le marché avec les ragots qui vont avec.



Les plus démunis pouvaient profiter des restes des festins du palais du Louvre qui leur étaient offerts sur le marché même. Cette tradition a perduré; Dans les années 20, les pauvres du marché pouvaient trouver au fond de la halle des petits carrés de papiers de toutes les couleurs sur lesquels on avait disposé pour eux les restes des grands restaurants de Paris. Et parce que cette mosaïque évoquait le costume de cette figure de carnaval, on appela ces bienfaiteurs du joli nom d'Arlequin. La vocation de ce marché a toujours été, depuis les abbesses Saint Antoine, de fournir à ceux qui n'ont rien, de quoi vivre. C'est aujourd'hui encore l'un des marchés les moins chers de Paris. Tous les jours, à sa fermeture, lorsque les cageots défoncés et remplis de fruits et de légumes abîmés sont renversés au milieu de la rue en attendant d'être jetés dans la benne, de vieilles femmes toutes déformées de s'être tant cognées à la vie, trient les détritus avec leur canne et ramasse la pomme d'or. Elles sont éparpilles sur le marché comme les anges du calvaire qui au soir, partaient dans un vol taciturne et lent et c'est pour leur rendre hommage qu'aujourd'hui, j'écris cet article.



De la Boule d'Or au Baron Rouge

Vous voilà Rue Crozatier, au commencement de la rue d'Aligre.
Si vous avez envie de vous immerger dans le marché, de vous engouffrer dans ce petit ventre de Paris, alors choisissez d'y aller le week-end où l'animation est à son comble. Ce qui fait aujourd'hui la personnalité du marché d'Aligre, c’est cet amalgame de cultures, de races, de milieux qui se brassent, s'homogénéisent jusqu'à ne former qu'une pâte harmonieuse et intemporelle.

Les commerçants d'Aligre sont en forte proportion d'Afrique du Nord, leur arrivée sur le marché date de 1950; la rue d'Aligre est parsemée de petites épiceries orientales, mystérieuses et insolites.

Traversez la rue, en piquant au passage un grain de muscat ou une petite mandarine impériale au rythme des "à la goûte, à la goûte" que crient les marchands sur leur stand et qui nous autorisent ainsi à nous servir, pour goûter s'entend ! Au passage, également, achetez un petit bouquet de roses pour votre fiancée; elles sont adorables et bon marché.



Nous sommes arrivés place d'Aligre; le marché change alors d'allure. Sur votre droite, se trouve le marché couvert. Luxe, calme et... qualité; on a quitté les cercles de l'enfer dantesque pour se retrouver dans un petit paradis où les fruits sont lisses comme dans une nature morte de Cézanne; où les gibiers et les volailles avec leur plumage sont encore suspendus à des crochets comme dans les gravures du XVIIIe siècle; près de la fontaine, vous pouvez quelques fois goûter du pain d'épices fait avec un miel plus parfumé que sucré. Ce marché couvert aurait été surnommé le petit Fauchon et approvisionnent les bons restaurants de Paris. La clientèle, conforme à l'image d'un XIIe arrondissement cossu, y est plus selectionnée et plus sélective.



Passons la Mairie, nous débouchons sur la brocante du marché d'Aligre, l'un des plus vieux marchés aux Puces de Paris. Nous passons d'abord par le stand de neuf, soldes et fins de stocks à petits prix, pour arriver au cœur, à l’âme du marché; là où les chineurs se régalent. Un flot de bibelots, de vieux bouquins et de vaisselles cassées, de bijoux et de gravures, enfin tout ce qui fait le charme des brocantes.
Toute la vie du quartier, son histoire et ses histoires sont concentrées à cet endroit. C'est un lieu de rencontres et d'échanges où les amitiés et même les amours se font et se défont; on prend le temps de parler, d'écouter et de regarder; on y apprend l'amour des objets et des gens, la nostalgie du temps qui s'évapore sans laisser de traces, le plaisir de donner, d'acheter et de recevoir.
Quelques brocanteurs travaillent sur ce marché depuis plus de 20 ans, par amour de ce quartier qu'ils connaissent d'autant mieux qu'ils lui donnent son cachet et son charme. Ces personnages, dignes des romans de Balzac, ne se laissent pourtant pas apprivoiser facilement et ils ont le verbe haut. Mais quand ils vous acceptent dans leur périmètre, ils vous racontent des histoires croustillantes sur ce qu'a été le marché; il y a les habitués, devenus des amis, qui apportent quelques gourmandises du marché ou des fleurs parce qu'ils ont envie de leur faire plaisir.


Je ne sais si la graineterie, le plus ancien établissement du marché, existe toujours. C'était une minuscule boutique à l'élégance d'autrefois avec sa multitude de compartiments à graine en tout genre; l'arrière-boutique était un petit théâtre magique, où les sacs de graines étaient comme de gros sabliers qui se vidaient et se remplissaient au rythme des cris d'oiseaux sautillant dans leurs petites cages de fer blanc.


Autour du carreau, il ne reste plus rien des auberges et des cafés qui foisonnaient au début du siècle; la célèbre auberge de la Boule d'Or a disparu, comme la Grenouille ou le bar des Marquises. Les badauds, avec leurs paniers remplis de victuailles, aiment se retrouver aujourd'hui pour boire un verre de vin, sur les tables-tonneaux du Baron Rouge; à l'intérieur, des toiles de jeunes peintres se mêlent aux pyramides des bouteilles.



Que ce soient les commerçants ou les habitants du quartier, les témoignages sont unanimes : le charme pittoresque du marché s'évanouit peu à peu et avec lui, toute une tranche de notre passé s'effondre. La clientèle a beaucoup diminué au profit d'autres marchés du XIIe arrondissement plus traditionnels et moins cosmopolites, elle devient irrégulière, anonyme, éloignée des préoccupations du quartier. Les affaires sont moins prospères. Les commerçants diversifient alors leurs activités et ferment pendant un ou deux jours pour s'installer ailleurs; or la fidélité des commerçants, comme d'ailleurs la clientèle, cimente un marché.

Tout l'équilibre de ce quartier repose sur les reins de ce marché, qui est en train de s'user. C'est à nous de lui redonner sa force et sa vigueur. Pour éviter qu'un jour la bête ne se meurt.

dimanche 14 février 2016

Le jardin de la désolation - Le cimetière de Picpus

« L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière. » Le très-Bas, Christian Bobin

Il faisait très froid, cet après-midi là. Un petit brouillard venimeux avait mangé toute la lumière et les rues s'étaient recroquevillées sur elles-mêmes. J'avais bien deux ou trois courses à faire, mais je me sentais l'âme si lourde de froid que je les remettais à plus tard. Peut-être qu'en achetant quelques roses, le parfum de ces petites étoiles colorées enivrerait mon âme et la rendrait ainsi plus légère. Cela aussi, je le remettais à plus tard.

Ma promenade m'avait incidemment menée aux portes du cimetière de Picpus. Petit cimetière privé, niché discrètement dans les jardins du couvent des sœurs de Picpus. J'eus envie de me recueillir un instant dans cet antre funéraire dont on sentait effectivement le charme à plein nez. J'allai donc dans la petite chapelle de la cour d'honneur.

Trois religieuses, semblables à de légers papillons blancs et crémeux, priaient dans le silence.
Je marchais en direction de l'autel sur des fleurs de lumière que parsemaient quelques vitraux en forme de rosace. A cet endroit, les murs étaient recouverts de plaque de marbre portant des inscriptions en lettres rouges.
Et c'est là que commence mon histoire...

Les ursulines, Jean-Paul Lemieux (1951)
Du 26 Prairial au 9 Thermidor
« Ayant trempé son doigt dans le sang de Jésus
Écrivit avec lui sur le front du Maudit
La sentence d'une lamentation immortelle et infinie »
La Mort de Judas, Vincenzo Monti


1794. En pleine Terreur post-révolutionnaire, il règne sur Paris une odeur de mort et de violence. Le bruit de la guillotine, installée place de la Révolution, puis place de la Bastille, résonne dans les ruelles tristes et étouffantes de Paris.
A la demande des citoyens qui se plaignent des salissures causées par cet engin, la guillotine est à nouveau déplacée et installée sur la place du Trône Renversé, à la porte de Paris.

Une fois installée, la machine du docteur Guillotin reprend son odieux service. Du 14 juin au 27 juillet 1794, des charrettes de victimes accusées d'avoir conspiré contre la Nation seront maltraitées, avilies, dépouillées de leurs biens et de leur âme, puis exécutées.

Des Hommes de Dieu, Hommes de loi, Hommes de lettres, Hommes du peuple, Hommes vivant de leurs biens, marchands de vin, mousquetaires, grenadiers, carmélites, duchesses, greffiers, rentiers, commis, marchands de sel, fils condamnés à la place du père manquant...
Parmi ces hommes et ces femmes, le Prince Frédéric III de Salm Kyrburg, le poète André Chénier, le Général Alexandre de Beauharnais, 5 membres de la famille De Noailles, le vicaire Jean-Henri de Montesquiou, les carmélites de Compiègne conduite par Sœur Lidoine et qui chantaient des cantiques le long du chemin qui les menait à la Mort.
1306 victimes qui viendront nourrir le brasier flamboyant et hideux de la Terreur; ces corps sans âme seront jetés dans les fosses creusées à la hâte au fond du grand jardin du couvent des Chanoinesses de saint-Augustin, rue de Picpus.
Ces religieuses avaient été chassées de leur couvent en 1792 par l'Etat qui, par la suite, avait loué le domaine à un particulier, le citoyen Riédain. Celui-ci en avait transformé une partie en maison de santé-détention, sorte de pension de famille devenue une prison réservée aux nobles accusés à condition qu'ils puissent régler les lourdes mensualités qui leur étaient demandées. Le Marquis de Sade et Romain de Sèze, l'avocat de Louis XVI y séjournèrent.
Le citoyen Riédain, malgré ses protestations, dû supporter ce charnier, punition du sort pour ses agissements lucratifs et odieux. Le jardin, ainsi défiguré, devint le jardin de la désolation.
Et c'est pourquoi le nom des victimes, leur âge, leur profession et la date exacte de leur exécution sont gravés en lettres rouges sur des plaques de marbre, à côté de la statue Notre-Dame de la Paix dans la petite chapelle du couvent de Picpus.
1306 inscriptions tatouées en lettres de sang dans le cœur de Paris murmurent leur souffrance éternelle dans le silence de la prière.

L'adoration perpétuelle
« Car ma cendre sera plus chaude que leur mort. » Anna de Noailles

En 1796, une princesse allemande rachète la partie du jardin où se trouvent les fosses communes car son frère, le prince de Salm, y est enterré. Cet endroit deviendra par la suite le cimetière de Picpus. Un mur fut construit pour protéger ce lieu du reste du jardin.
Madame de La Fayette (née Adrienne de Noailles), l'épouse du célèbre général français qui joue un rôle important dans la guerre de l'indépendance américaine, racheta en 1803 l'ancien couvent des Chanoinesses et son jardin. A leur mort, monsieur et madame de La Fayette seront d'ailleurs enterrés dans ce cimetière. Chaque année, l'ambassadeur des Etats-Unis commémore l'anniversaire de l’indépendance américaine par une cérémonie officielle au cimetière de Picpus. Et le drapeau américain est l'unique touche de couleur vive qui flotte dans ce champ aride de sépultures, car aucune tombe ne peut être fleurie en mémoire de la souffrance des condamnés de l'an II.
Au printemps, de l’autre côté du mur, le jardin du couvent exhale de douces odeurs de miel et de roses.
En 1805, les religieuses des Sacrés-Cœurs et de l'Adoration Perpétuelle, devenues sœurs de Picpus, s'installent dans ce couvent et jusqu'à aujourd'hui, offrent leurs prières à ces victimes dont la dernière messe fut la Messe Rouge.

Aujourd'hui, seuls les descendants des 1306 victimes de 1794 ont le droit d'être inhumés dans le cimetière de Picpus, qui jouxte les fosses. Ici, la pierre nue laisse le temps parler. Cette sobriété dénudée et implacable nous réapprend l'humilité, sans laquelle la beauté est invisible. Le secret de la vie se trouve dans le cœur de la mort.
Seule une petite grille de fer forgé sépare les caveaux modernes du charnier sur lequel pleureront éternellement de grands arbres.


Cimetière de Picpus : 35 rue de Picpus 75012 Paris

vendredi 9 janvier 2015

Ballades dans New York - Times Square et MidTown

« Sous les tonnelles, entre les feuilles rares et jaunes, on apercevait la blancheur des nappes, les taches noires des paletots, les jupes éclatantes des femmes. » Thérèse Raquin, Émile Zola


Times Square (Photo Diane S. 2014)
Ma promenade se poursuit dans les quartiers qui font la signature de New York. 

Times Square reste fidèle à mes souvenirs. Le coeur palpitant de New York, c'est ici. Cet endroit semble canaliser les énergies de la ville, attirant à lui le mouvement, la couleur et le bruit. Grandiose, fascinant, envoûtant, Times Square ne peut être décrit. Il faut le vivre, y respirer ses vibrations, se tremper dans ce tourbillon d'impressions. Il n'est pas question ici de beauté ou d'harmonie car il s'agit d'un tout autre registre. On est plutôt dans le spectaculaire, dans une ambiance électrisante qui nous déplace sur une autre longueur d'onde. On change de monde en venant à Times Square, quittant un univers où le temps et la modération sont de rigueur, pour entrer dans une dimension atemporelle, démesurée et sans repère. Times Square ne dort jamais et la lumière des néons ne permet plus de distinguer le jour de la nuit. Comme un soleil, ce quadrilatère rayonne de mille feux auxquels on vient se ressourcer.

5e Avenue (Photo Diane S. 2014)
Le quartier environnant représente mon rêve américain. Je pensais être davantage sous le charme de Greenwich Village, NoLiTa, SoHo, Chelsea, mais c'est pourtant dans MidTown que mon cœur sautille de joie. 

À l'approche des fêtes de fin d'année, un marché de Noël s'est installé dans le joli Bryant Park. Ce délicieux endroit est d'un romantisme digne des films de Gary Grant et Deborrah Kerr. Idéal pour une pause déjeuner, je me suis installée sur l'une des jolies tables de pique-nique qui entourent la patinoire, un bol de soupe fumante entre les mains. Des kiosques vendent des plats chauds à emporter.


Rockefeller Center (Photo Diane S. 2014)
MidTown, c'est aussi le quartier des affaires et mon goût pour les gratte-ciels est ici comblé. J'aime surtout l'heure du lunch, pendant laquelle les employés mangent à la va-vite dans les nombreux comptoirs de prêt-à-manger (pour reprendre l'expression d'une enseigne). Que le lunch soit acheté ou apporté de la maison, on s'installe à la bonne franquette dans des endroits prévus à cet effet, sans le tralala d'un restaurant. C'est à la recherche de cette liberté que je me suis installée à Montréal, il y a 18 ans maintenant. Et encore aujourd'hui, je reste émerveillée par cette absence de protocole dont la simplicité révèle l'essentiel.



MidTown (Photo Diane S. 2014)
J'avais oublié que Grand Central Terminal, une des trois gares de la ville, était si belle. La lumière tamisée, l'immense horloge qui veille sur le hall, la myriade de voyageurs qui traversent ces couloirs qu'on dirait de marbre, l'écho des pas qui réverbère sous la voûte étoilée et les balcons d'où l'on peut admirer ce continuel ballet, font de cet endroit un lieu magnifique.

Les vitrines des magasins chics de la 5e ou de Madison Avenue sont des œuvres d'art devant lesquelles les badauds émerveillés restent suspendus. Je croyais Paris l'unique souveraine en matière d'élégance, mais je me trompais. 
Central Park (Photo Diane S. 2014)
Loin du luxe tapageur auquel les américains de Los Angeles nous ont habitué, les devantures que j'ai vues ici sont décorées avec un goût subtil et poétique. Mais avec le temps, mon regard a peut-être changé... 

Ma promenade prend fin aux abords de Central Park. Le brouillard qui s'abat sur le parc recouvre son visage d'une fine voilette, rendant ainsi son regard vaporeux. 

C'est ici que se termine le récit de mon séjour à New York. Cette ville reste pour moi un mystérieux secret qu'aujourd'hui, je sais ne jamais percer. Sa diversité, son effervescence, son éclat, sa démesure en toutes choses, son rythme, sa puissance font d'Elle un pôle qui attire tout à lui, le bon, comme le moins bon. New York est pour moi l’œil du monde, fait pour voir et être vu, et à partir duquel il est possible de se forger un regard neuf, libéré de toutes les conventions. 

samedi 20 décembre 2014

Ballades dans New York - SoHo, NoLiTa, Little Italy et ChinaTown

« Quelquefois, elles faisaient sauter leurs pieds en l'air comme un bouchon de champagne et la mousse des dessous les inondait. » Le grand écart, Jean Cocteau


Flat Iron District (Photo Diane S. 2014)
Nous continuons notre promenade dans rues de SoHo. Le matin, ce quartier sommeille dans le charme de ses rues pavées, à l'ombre des immeubles incrustés de pièces en fonte, vestiges de l'après-guerre de Sécession. 

Je n'avais pas le souvenir que ce quartier fut aussi commercial. Les boutiques de vêtements de marque pullulent et je n'ai pas retrouvé les galeries d'art et les lofts qui jadis m'avaient exaltée. L'après-midi est propice au shopping et les rues sont alors ensevelies par une marée humaine. Broadway bien sûr, mais également Prince street, Broome street et Spring street, sur laquelle j'ai vu la plus magnifique paire de bottes en daim châtaigne qui puisse exister, chez Stuart Weitzman. 

Broadway dans SoHo (Photo Diane S. 2014)
Pour un encas léger, je reste fidèle aux sushis de Dean & Deluca, à manger au comptoir de marbre, debout en regardant la foule couler le long de Broadway. Cette épicerie fine étale sous les plafonds gigantesques de cet ancien hangar plein de lumière, la quintessence des produits alimentaires, à la manière des marchés d'Orient. Fruits, fromages, thés et cafés, viandes et poissons, pâtisseries, confiseries, pains et plats préparés forment des monticules aux couleurs gaies, on dirait une toile de Matisse.

C'est pourtant chez Aroma Espresso Bar (145 Greene Street) que ma convive et moi avons mangé un délicieux gâteau aux carottes. Moelleux, pas trop sucré, fondant et épicé, je garderai de cette pause gourmande un souvenir savoureux. À quelques pas de là, le magasin de décoration Crate and Barrel nous a régalées, joyeusement achalandé pour Noël.

Dans les rues de NoLiTa (Photo Diane S. 2014)
Nous traversons Broadway pour nous rendre dans NoLiTa (NOrth of LIttle iTAly) plus à l'est, en empruntant Prince Street. 

Ce petit quartier est parsemé de nombreuses boutiques de créateurs de mode qui scintillent comme des étoiles dans les rues étroites et sombres. Je ne sais pourquoi une certaine élégance décontractée se dégage de ces immeubles un peu vieillots, de ces rues austères et pourtant pleines de douceur. Ma convive et moi avons mangé un délicieux curry rouge chez Lovely Day (196 Elizabeth Street), repaire abordable et agréable de jeunes beaux et bohêmes qu'on dirait sortis d'un film de Sofia Coppola. 

New York (Photo Diane S. 2014)
Nous prenons Mulberry Street vers le sud. Ce qu'il reste de Little Italy, c'est ici, sur cette rue. Le reste a été grignoté par le quartier chinois. Restaurants et boutiques de souvenirs se succèdent dans une ambiance festive et pourtant de bon goût. C'est le quartier latin, avec ses cris et ses couleurs vives, ses parfums de café et de noisette. Nous nous arrêtons au Caffe' Roma (385 Broome street, coin Mulberry street), séduites par le décor de café viennois, genre 19e siècle, avec ses miroirs dépolis et ses rideaux de velours rouge cramoisis. Les pâtisseries les plus exquises (dont les cannolis bien sûr) sont exposées dans des vitrines scintillantes. Le va et vient des clients ressemble à une valse, douce et tourbillonnante.  

Nous terminons notre promenade dans ChinaTown. Autant nous avons été séduites par l'ambiance gaie et colorée de Mulberry Street, autant les rues de ChinaTown nous semblent fades et dénuées d'intérêt. Des boutiques de faux jalonnent les rues violemment éclairées, de cette lumière livide qui donne aux choses un aspect terrifiant. Dans mes souvenirs, un exotisme se dégageait de ChinaTown, plein de bruits et d'odeurs inhabituels. Peut-être est-ce un quartier à qui la nuit ne sied pas ?  

jeudi 18 décembre 2014

Ballades dans New York - Manhattan vue de l'eau

« Des miroirs ébréchés d'où paraissaient revenir vers moi mille regards engloutis. » Les promesses de l'aube, Romain Gary


Pont de Brooklyn (Photo Diane S. 2014)
Vus de la rue, les gratte-ciels du Lower Manhattan forment un enchevêtrement de métal qui mange la lumière du soleil. Écrasé par ces lignes, le passant ne peut apprécier la somptueuse perspective, et c'est de l'eau que jaillit la magnificence de cette architecture insolite.

Ma convive et moi avons fait une croisière sur l'Hudson River. Je regrette que la triste lumière de novembre n'ait pas fait honneur aux joyaux étincelants qui s'offraient alors sous nos yeux. Le peintre Bernard Buffet se serait régalé de la géométrie asymétrique de la ville. 


Liberty Tower à gauche (Photo Diane S. 2014)
Cette cacophonie de lignes qui jaillissent vers le ciel est mystérieuse, fascinante et troublante. Même si nos yeux voient, notre entendement ne parvient pas à en saisir le sens, le spectaculaire rendant notre esprit imperméable. J'ai ressenti les mêmes émotions qu'en regardant des montagnes : subjuguée par leur majestueuse et calme beauté mais impuissante à m'imprégner d'elles, comme si leur reflet restait à l'extérieur de moi sans jamais me pénétrer. 
Vue de Manhattan du pont de Brooklyn (Photo Diane S. 2014)

mardi 16 décembre 2014

Ballades dans New York - Lower Manhattan et TriBeCa

« Avec ce bruit de feuilles sèches qui rappelle l’égouttement des vagues sur une plage de cailloux. » La Curée, Émile Zola

TriBeCa (Photo Diane S. 2014)
Ma ballade se poursuit en descendant Hudson Street vers le sud de l'île de Manhattan. TriBeCa (TRiangle BElow CAnal Street) se déploie alors comme l'antichambre du Financial District. Je ne saurais dire pourquoi ce quartier exerce sur moi un charme mystérieux. 

Des immeubles du 19e siècle et d'anciens entrepôts, reconvertis en luxueuses résidences habitées par les jeunes financiers de Wall Street, composent ce petit quartier tranquille et huppé. La richesse y est ici discrète et de bon goût, drapée derrière un voile d'acier et de briques roses, émanant des effluves de l'ère industrielle du début du siècle.

En sortant de TriBeCa, les constructions indiquent l'emplacement des deux nouvelles tours, dont l'une a récemment été inaugurée. La Liberty Tower, la plus grande tour de l'hémisphère ouest, se dresse avec fierté, comme un pied de nez aux hostilités ambiantes.

Ground Zero (Photo Diane S. 2014)
L'émotion qui se dégage de ce site tient bien entendu à l'hommage rendu aux événements du 11 septembre. Le site des Twin Towers est désormais un lieu de pélerinage (baptisé Ground Zero). Comme des larmes intarissables versées dans le coeur de la ville, de l'eau s'écoule le long de ces deux puits de marbre noir creusés à même les trous laissés par les tours. Les noms des victimes sont gravés sur le pourtour fait de l'acier des débris. La sobriété de ce mémorial incite au recueillement et à la réflexion.
Wall Street (Photo Diane S. 2014)


Le Financial district, c'est bien sûr Wall Street. Je n'y ai cependant pas trouvé l'effervescence de la City de Londres.

Le bonheur des dames... un arrêt chez Century 21 (22 Cortland Street) est impératif. Ce magasin, semblable aux Galeries Lafayette de Paris, vend des vêtements de designers à des prix abordables. Les nombreuses clientes portent leurs sacs rouges à l'enseigne du magasin, remplis d'achats, comme des coquelicots semés dans les rues du quartier...

Pour se reposer de ce redoutable mais délicieux shopping, ma convive et moi sommes allées déjeuner aux Halles. Il était 16H30. À New York, il n'y a  pas d'heure. Tout est possible tout le temps. Les Halles est une des brasseries du chef Anthony Bourdain, devenu célèbre pour son excellente émission « Parts Unknown ».


Brasserie Les Halles (Photo Diane S. 2014)
Le menu de ce restaurant est loin de la nourriture des rues dévoilée dans l'émission. Ici, la carte est classique, simple et revigorante. Ma convive s'est régalée d'un sandwich de poulet et camembert servi chaud et moi, d'un filet de saumon grillé à peine cuit, rose et soyeux. On me reproche de toujours aimer les restaurants de style parisien, même en voyage. Cette adresse ne dément pas mes goûts et le restaurant est effectivement une brasserie parisienne décontractée-chic installée en plein coeur du Financial district de New York. 

samedi 13 décembre 2014

Ballades dans New York - Greenwich Village et Meatpacking

« - Et que fais-tu de ces étoiles ?
  - Ce que j'en fais ? Rien, je les possède. » Le petit prince, A. de St Exupéry


Bleecker Street (Photo Diane S. 2014)
Si j'osais, j'emménagerais à New York. J'aurais ainsi l'impression de vivre dans le cœur du monde, et de palpiter au rythme de la vie. 

Cette ville exubérante offre un ballet foisonnant de lignes et de couleurs, de mouvements et de bruits. Vue d'en haut, elle doit scintiller comme une étoile.



West Village (Photo Diane S. 2014)
Cela faisait 10 ans que je n'étais pas revenue à New York. La ville est devenue coquette, après avoir terminé son long deuil du 11 septembre. D'audacieuses tours se sont érigées, un jardin suspendu aménagé sur une ancienne voie ferrée traverse désormais l'ouest de Chelsea (High Line), de nombreux quartiers ont éclos (MeatPacking, Hell's Kitchen, NoHo, Nolita), la plupart se sont gentrifiés (notamment Lower East Side, Battery Park, Harlem). Une impression d'embellissement et de douceur a fait place au goût amer que m'avait laissé mon dernier séjour. La pauvreté et la précarité étaient alors omniprésentes dans les rues de New York...


Mon appartement était situé sur Perry Street, dans le West Village, au coin de la ravissante Bleecker Street et de sa pâtisserie renommée, Magnolia. Ce charmant quartier est parsemé d'arbres, de rues qui tournicotent et d'appartements avec leur traîne d'escaliers. À une demi-heure de marche du tapage de Times Square, le West Village est un quartier tranquille et cependant central, cossu et branché, bobo si l'expression française peut s'appliquer ici. 

Bleecker Street (Photo Diane S. 2014)

Mes recommandations de restaurants dans le West Village :

  • Tartine (253 West 11th Street, coin 4th)
    Je suis allée bruncher dans cette gargote rustique, aux allures européennes. Mon omelette était copieuse et pourtant délicieusement légère. Ma convive s'est régalée d'un immense pancake aux pommes qu'elle a généreusement arrosé de sirop d'érable. Ouvert toute la journée.

  • Café Cluny (284 West 12th Street, coin 4th)
    Je n'ai malheureusement pas été dans cette sympathique brasserie recommandée par tous les habitants du quartier et devant laquelle je suis passée. L'ambiance avait l'air très animée, la clientèle, jeune et branchée. À essayer lors de mon prochain séjour.
  • Piccolo Angolo (621 Hudson Street)
    Un minuscule restaurant italien à la lumière tamisée, offrant une carte classique mais savoureuse dans une ambiance animée. Restaurant bondé chaque soir.
  • Barbutto (775 Washington Street, coin 12th)
    Un restaurant italien installé dans un garage. En été, les portes sont ouvertes donnant ainsi l'impression aux clients de manger sur une véranda. Le pollo al forno était exquis, l'ambiance déjantée, le cadre urbain-décontracté-chic. 


Jardin communautaire East Village (Photo Diane S. 2014)
Greenwich village, ce n'est pas seulement le West Village, c'est également l'East Village. Ma promenade a abouti dans Tompkins Square Park, un dimanche matin, jour de marché. Des cultivateurs viennent y vendre leurs produits. Il y a dans ce quartier de nombreux jardins communautaires. Alphabet City ne m'a laissé qu'une impression vague et triste.

Au nord du West Village, se déploie le MeatPacking District. Ces anciens abattoirs se sont transformés en lofts et en boutiques de designers. 

Le dédale désert et peu engageant que j'avais visité lors de mon dernier séjour, pensant alors m'être perdue, a fait place à un quartier chic et branché où les jeunes New Yorkais à la mode se retrouvent le soir pour sortir. J'ai par exemple été attiré par un BierGarten (comme en Allemagne) installé dans un immense hangar aux poutres d'acier restées apparentes et dans lequel de longues tables rustiques en bois accueillent les clients avec leur verre de bière. Écho, espace, lumière, monde, élégance, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce lieu, un endroit magique.

Malheureusement, le célèbre restaurant Pastis était fermé pour cause de travaux.
Greenwich Avenue (Photo Diane S. 2014)


Pour se restaurer dans un cadre inattendu, je recommande le Gansevoort Market. Même si je n'y ai rien mangé d'exceptionnel, ce marché haut de plafond offre de jolis gâteaux, des crêpes, des sandwiches et des soupes, des confiseries aussi, dans un élégant décor champêtre, gai et fleuri, qui rit sous la lumière.

C'est également de là que démarre la High Line qui remonte vers le nord en traversant Chelsea. Cette promenade aménagé par des résidents bénévoles, longe l'Hudson River jusqu'au nord de Chelsea et offre une vue insolite des immeubles de New York puisqu'elle s'engouffre entre les constructions. En été, des chaises longues en bois se fondent aux herbes folles et offrent d'agréables pauses au milieu de l'agitation new yorkaise.