« Elle a promené son corps dans la ville. Mais ce n’est plus suffisant. Elle se demande encore où ce corps devrait être, où le mettre exactement, pour qu’il s’arrête de se plaindre. »
Le ravissement de Lol. V. Stein, Marguerite Duras
Le ravissement de Lol. V. Stein, Marguerite Duras
J'aurais voulu aimer ce roman de Marguerite Duras, paru en 1964.
| Boutique de chapeaux (Photo Diane S. 2011) |
Un peu à la manière d’Alain Resnais dans son film obscur « L’année dernière à Marienbad », Le ravissement de Lol. V. Stein est un moment tracé du bout des lèvres, comme un nuage de mots qui s’élèvent dans le ciel et oublient de rester sur le papier. C’est aussi un titre, mystérieux, sensuel et élégant qui attire l’oreille et titille le regard. C’est une jeune fille, délaissée par son fiancé pour une autre femme, le soir d’un bal donné au Casino d’une chic station balnéaire quelque part, sur la Terre. Est-ce à ce moment-là qu’elle perd doucement la raison ? Elle semblait déjà évoluer dans un rêve, une âme qui a trouvé un corps par hasard, et ne sait pas quoi en faire. Une fleur aux couleurs pâles, offrant sa beauté à un monde qu’elle semble ne pas reconnaître.
Le roman est centré sur la douce folie de Lola. À peine dite, juste effleurée, mais assez pour rendre le lecteur à fleur de peau. Un rythme, dénué de musicalité, mais un rythme certain, lancinant, agaçant et pourtant hypnotisant, nous enlace, comme une danse macabre. Une saveur psychanalytique donne son fil d’Ariane au roman, un fil qu’il faut suivre scrupuleusement si l’on ne veut pas se perdre dans ce labyrinthe de mots qui semblent lancés au hasard, pour faire beau. Car ce roman s’écoute lui-même, se regarde avec amour, s’émerveille de son originalité et c’est ce qui me le rend si antipathique. Un Narcisse littéraire que j’ai eu envie de jeter dans son étang, si sa sensualité ne m’avait pas retenue.
| Nouvelle Orléans (Photo Diane S. 2011) |
Lola, donc délaissée, parvient à vivre une vie normale, avec un mari, des enfants, une belle maison. Jusqu’au jour où elle retrouve son amie d’enfance Tatiana, présente le jour de ce bal. Tatiana, la brune, la passionnée, la carnacière et Lola, la blonde, le rêve, l’épurée. Tatiana a un amant, qui évoque par sa masculinité, l’ex-fiancé du Casino. Et Lola, par instinct, sans savoir vraiment ce qu’elle fait, détourne cet amant de Tatiana, pour l’attirer à elle, et revivre, le temps d’une catharsis, cette scène du bal, avec le rôle, non plus de la femme abandonnée, mais de la femme qui prend. Ainsi délivrée, le roman se termine.
Quelques jours se sont écoulés depuis que j’ai terminé la lecture de ce roman. Contre toute attente, je garde de ce livre, une agréable sensation, celle d’une caresse, aussi douce qu’un souffle de vent. Dehors, les arbres agitent leurs branches comme des mains gantées d’argent. La lenteur et la sensualité de ce récit semblent avoir déteint sur mon regard. Et dans le silence de mon corps, monte un léger murmure…