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mardi 14 février 2017

Império

« À côté du réchaud, elle disposa la tasse Empire, la cuiller suédoise, un pain de seigle roulé dans une serviette turque brodée de soie floche. » Julie de Carneilhan, Colette


Império (Photo site Facebook de Império)
Ce restaurant portugais, perdu dans la rue Jarry à Montréal, ne paie pas de mine quand on le voit de l'extérieur. Pour tout dire, on ne le voit même pas. C'était pourtant le quartier général que mes collègues et moi avions élu pour fêter les événements qui marquent la vie de bureaux.

Nous poussons la porte. Les grills crépitent de leurs feux ardents, comme le regard de l'hôte qui nous accueille. Nous sommes ici chez lui et il nous reçoit comme si nous étions de fidèles amis. C'est sympathique, surtout à l'heure du déjeuner, un jour de semaine.

Lisbonne (Photo Diane S. 2011)
Les corbeilles d'un pain de maïs dense et joufflu et les ramequins d'olives noires sont déjà une invitation à la détente. Pour accompagner ces simples et savoureux mezzés, je commande un verre de vin rouge en oubliant volontairement qu'il est versé d'un fût de carton. Dans son verre, ce vin est ensoleillé, d'un rouge sanguin, avec des notes de cassis. Je l'adore.

Le cadre est devenu moderne depuis les récentes rénovations. De l'espace, de la lumière, de la sobriété et surtout et toujours, cette belle et grande fresque faite d'azulejos représentant Saint Georges, tuant le dragon. Enfin, c'est ainsi que je l'interprète. Car je crois qu'elle représente la conquête du Portugal...


Lisbonne (Photo Diane S. 2011)
C'est systématique, je commande les sardines grillées, malgré les réticences olfactives de quelques collègues. Leur peau est croustillante et leur chair ferme est gorgée des sucs de la mer, parfois âcres, et qu'une gorgée de vin enrobe d'une douceur de velours. C'est un voyage dans les pays du soleil. D'ailleurs, mes collègues et moi nous oubliions souvent sur les rives de ce Portugal reconstitué. Le temps passe si vite alors...

Cette escale chaleureuse au milieu de semaines laborieuses me laissera un souvenir réjouissant. Un repaire propice aux confidences, sans masque, ni armure, où j'ai appris à connaître mes sympathiques confrères de travail. Un moment de partage authentique et simple qui encore aujourd'hui résonne en moi d'un touchant écho.  

Império : 1292 rue Jarry Est (coin Chambord). Pour une réservation, téléphonez au (514) 721-5665.

    

dimanche 10 mai 2015

The Daylight Factory

« Au printemps, des roses, des lys, des violettes simples et doubles. En été, du pavot, des poires, des pommes de plusieurs espèces; maintenant qu'il est automne, du raisin, des figues, des grenades, des myrtes verts. » Philetas


Photo http://www.daylightfactory.ca/
Ce restaurant est enfoui rue Saint Alexandre, à Montréal, dans l'ombre du magnifique bâtiment de verre et de métal de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Ce quartier, appendice du quartier chinois, était désolé il y a quelques années, avant que ne se construise le nouveau palais des congrès et que ne s'installe la Caisse. 

Désormais, luxueux appartements, bureaux, salons de beauté, cafés et brasseries sont venus égayer ces tristes lieux devenus à la mode. C'est dans ce contexte qu'a fleuri le restaurant Daylight Factory.

Ouvert seulement à l'heure du déjeuner (et les jeudis pour des 5 à 7), cet endroit est le rendez-vous des gens d'affaires qui travaillent dans le quartier. En été, une ravissante terrasse ombragée offre une oasis rafraîchissante et calme dans ce désert urbain de bruit et de métal.

Le cadre est urbain-chic-décontracté. Cet ancien entrepôt, reconverti en salle de restaurant, a gardé son cachet. Haut de plafonds, avec des poutres d'acier, cette salle minimaliste accueille une vingtaine de tables. Une carte de vins d'importation privée réserve de délicieuses surprises. Avec la salade de turbot tiède, j'ai toujours bu d'excellents blancs à la robe soyeuse et dorée, aux parfums de pêche ou d'agrumes. Les plats sont simples (tartares, salades et paninis), légers mais nourrissants, d'excellente qualité et toujours agrémentés d'une pointe de fantaisie et d'élégance. Le plat du jour offre une alternative aux appétits de gros oiseaux qu'une salade ne sustenterait pas, mais qui aiment ce style raffiné et contemporain.

J'aime l'ambiance de ce petit restaurant discret, à l'abri des regards, et pourtant toujours plein. Il faut dire que j'y suis toujours accompagnée d'amies dont la grâce et la délicatesse s'harmonisent merveilleusement bien au charme de cet endroit. Les murs nus font caisse de résonance et il peut être difficile de tenir une conversation d'affaires ou des confidences dans ce lieu pourtant propice aux épanchements. 

Cet endroit est un morceau de mon passé dont j'aime à me rappeler...

Pour faire une réservation : http://www.daylightfactory.ca/

samedi 28 février 2015

Mesón

« Sa mère s'était procurée un petit fût d'un excellent vin de Malaga, et riant à l'idée d'être grise, elle en buvait deux doigts, pas davantage. » Un cœur simple, Gustave Flaubert


Photo www.restomeson.com
Près de chez moi, vient d'ouvrir un restaurant comme je les aime : élégant mais décontracté, menu classique mais avec des touches d'une originale fantaisie, des produits de qualité, une belle carte des vins, une ambiance gaie mais pas trop bruyante ni tapageuse, une clientèle de bon goût, une déco urbaine mais chaleureuse, un service parfait mais pas guindé, des prix raisonnables. Il s'agit du restaurant d'inspiration espagnole, Mesón, dans le quartier Villeray, à Montréal.

En passant devant la devanture du restaurant il y a quelques semaines, j'avais été séduite par ces larges baies vitrées derrière lesquelles les convives semblaient goûter un moment délicieux. Sachant que ce restaurant était affilié, de part deux de ses propriétaires, au célèbre restaurant de tapas, Tapéo, à quelques coins de rues de là, j'imaginais qu'il s'agissait ici de tapas ibériques. N'ayant ni l'occasion, ni le convive pour m'accompagner, je laissais ma curiosité sur sa faim...

Puis l'occasion s'est enfin présentée et c'est avec joie que j'ai découvert ce restaurant. D'emblée, ce fût le coup de foudre. Moins grande que je l'imaginais, la salle est intelligemment organisée. L'espace joue avec la lumière, l'ambiance est cosy sans que l'on y étouffe. Une déco moderne, dans les tons de noir et de gris, est mise en valeur par un éclairage efficace et pourtant tamisé qui incite aux rapprochements. La cuisine, tâche de lumière vive dans cet ensemble plutôt sombre, est comme une étoile scintillante. Une valse de cuisiniers s'affairent aux fourneaux, sans stress, sans pagaille et le spectacle est fascinant de coordination et de bonne entente. Nous étions au bar, le restaurant étant déjà plein lorsque j'ai voulu réserver. 

Nous n'avions malheureusement pas très faim ce soir-là et nous avons donc opté pour un plat unique. Pourtant, deux entrées ont retenu mon attention : les sardines grillées sur purée de hummus et le gravlax de truite aux oignons verts et citron. J'ai même pensé commander deux entrées en guise de plat. Un autre plat, les cocas, sont de petites pizzas faites d'une pâte plus joufflue que la pâte à pizza traditionnelle, et garnies de manière originale (serrano, manchego et choux frisé; anchois, artichauts et olives, etc.). L'une d'elle était à l'encre de sèche. Parfait comme entrée à partager.

J'ai choisi un poulet aux amandes sur purée de pommes de terre et poivrons rouges grillés. À la manière d'un tajine, ce poulet, d'une tendreté exceptionnelle, avait dû cuire pendant de nombreuses heures à l'étouffée. Parfumé de cardamone, accompagné d'une sauce légère et croquante à base d'amandes et intensément accompagné d'un verre de Rioja, je me suis régalée. Mon convive a choisi une paëlla dont le goût fumé était très exotique, peut-être trop fumé à mon goût. Des moules, des calmars, des crevettes agrémentaient généreusement un riz de safran cuit à la perfection.

Si j'avais osé prendre un dessert ce soir-là, j'aurais choisi un flan au café et chocolat blanc. L'éclair au nougat me semblait très original, mais je n'aime pas la pâte à chou...

Nous sommes repartis enchantés de cette découverte d'autant plus séduisante qu'elle se situe à quelques pas de chez moi. Une adresse que je souhaite partager abondamment avec mes amis, une superbe alternative à ma cuisine désastreuse...

Pour une réservation : http://restomeson.com/

vendredi 29 août 2014

Le Printania

« Un vent mou soufflait par bouffées capricieuses. » Demian, Herman Hesse

L'hôtel Printania, à Dinard, c'est pour moi de joyeux souvenirs d'enfance. Mes parents nous y emmenaient passer une semaine chaque été.

Hôtel Printania (Photo Diane S. 2014)
Nous logions alors dans l'annexe dont la vue donnait sur la plage du Prieuré. Le matin, lorsque le bruit des pots de café, de lait chaud et de chocolat s'entrechoquant sur les plateaux nous avertissait du petit déjeuner, nos cœurs d'enfant sautillaient de joie...
Le cliquetis des mâts des bateaux de plaisance faisait écho au cliquetis de nos cuillères dans les bols et les tasses. Nous étions assis sur la terrasse, dans le doux soleil du matin, un croissant dodu de beurre à la main, et la promesse d'une belle journée à la plage de l'Écluse dans nos cœ
urs.

Le soir, nous dînions à l'hôtel. Dès le pas de la porte, nous avions l'impression d'entrer dans un écrin de velours rouge : une atmosphère molle et silencieuse où les bruits étaient absorbés par d'épais tapis brodés, des lambris et des tableaux patinés. Le décor bourgeois était typiquement breton, et les serveuses portaient des coiffes en dentelles, un tablier blanc et une robe de coton noir. Souvent, elles étaient très jeunes et timides, avec le teint pâle et les joues roses des Bretonnes, délicates comme des porcelaines. 

20 ans plus tard, l'hôtel a conservé son luxe suranné, avec un nouvel éclat de fraîcheur. Je n'étais jamais revenue, jusqu'à cet été 2014 où nous avons célébré l'anniversaire de mes parents, à la même table ovale, sur la terrasse ouverte, donnant sur la baie du Prieuré. L'hôtel abrite désormais trois restaurants : le Printania (régional), la Passerelle du Clair-de-Lune (moderne), la Gonelle (chic).


Plage de l'écluse (Photo Louis L. 2014)
La carte du Printania s'est stylisée. Au menu 4 services de mon enfance, succèdent trois jolis menus 3 services. Ce soir-là, j'ai choisi en entrée le foie gras frais avec son chutney de figues. Cette compote presque confite et servie tiède, parfumée de cannelle et de clou de girofle, a enrobé la texture et le goût monochrome du foie de mélodies exotiques. Un régal. Et une tentation pour mon convive dont le plateau de fruits de mer était trop cru à son goût.

J'avais choisi pour le plat principal, un dos de turbot. Si semblable à de la raie, je n'ai cependant pas osé le faire remarquer à notre hôte, de peur de dénoncer mon ignorance culinaire. La chair était soyeuse. Aucun parfum, aucune herbe ne relevait ce plat qui avait donc le goût des profondeurs de la mer, iodé, brusque par moment, solitaire et silencieux. Pas d'extravagance, mais une authenticité que seule la Bretagne sait offrir.

Saint Malo (Photo Diane S. 2014)

Pour finir, ma soupe de fraise au basilic était une danse enchanteresse entre le parfum vif de l'herbe et la timidité du fruit, ne laissant dans son sillage qu'une impression de fraîcheur. 

Il faisait trop frais pour que nous terminions cette magnifique soirée par la traditionnelle promenade du Clair-de-Lune. Mais comme il a été doux pour moi de voir le décor de mes souvenirs intact, plus beau encore qu'il ne l'était jadis. 



mardi 15 juillet 2014

Casa Cacciatore

« Les vins d’Alsace ont toujours le goût agréable et délicieux de la campagne, de la terre, du ciel et des bois. Un petit verre de vin d’Alsace et un morceau de bon pain; voilà le meilleur repas du monde. »
Le loup des steppes, Herman Hesse


Casa Cacciatore, Montréal
Casa Cacciatore est un restaurant italien caché dans la petite Italie, à Montréal, derrière de fins rideaux cramoisis. Lorsque vous poussez les lourdes portes de bois verni, vous entrez alors dans un monde où le temps s'est arrêté. Des serveurs d'une autre époque, oserai-je dire, vous accueillent avec une gentillesse un peu démodée, mais émouvante. Leurs costumes et leurs cravates me rappellent mon père pour qui s'habiller convenablement était une marque de respect. 

L'ambiance feutrée de cette petite salle est charmante. Des lumières tamisées viennent éclairer avec douceur l'opacité du décor dans laquelle brillent les verres remplis de vins aux robes couleur de rubis. Les tables sont couvertes de nappes blanches et aux murs, des tableaux et des armes de chasse donnent le ton : en italien, Casa Cacciatore veut dire Maison du chasseur...

Ce ne sont pourtant pas des venaisons que l'on vous propose ici, mais une carte véritablement italienne. Une cuisine franche et familiale, aux portions généreuses pour le bonheur de mon convive. Ici, nous sommes loin des restaurants italiens branchés qui ont fleuri dans Montréal. Ce petit restaurant de quartier ne fait aucun tapage, mais vous offre à des prix raisonnables, des plats traditionnels sans surprise et d'excellente qualité.


Casa Cacciatore, Montréal
Je déconseille aux petits appétits de prendre une entrée, à moins de la partager avec vos hôtes. Les salades sont fraîches et croquantes (le contraire serait surprenant puisque le restaurant niche dans l'antre du marché Jean Talon !); les calamars, dodus et nourrissants; de fines tranches d'un prosciutto salé et parfumé calment leurs ardeurs sur des quartiers de melon frais. Des classiques, parfaitement équilibrés. En plat de résistance, j'aime les linguinis aux moules, crevettes et palourdes, servis dans une sauce tomate acidulée qui réveille la chair riche et lourde des fruits de mer. Cette même sauce accompagne les plats de pâtes déclinés dans un large répertoire de classiques. Un vin italien vif et corsé enflammera ces nourritures terrestres pour leur donner un peu de fougue. Et une gorgée d'expresso noir et intense rassemblera en un point final cette profusion de saveurs et de textures.

Lorsque vous tirerez les lourdes portes qui vous séparent de dehors, l'air vous semblera frais. Le bruit de la rue vous écorchera. Il faut laisser à votre âme, le temps de revenir dans la réalité.

Ce restaurant n'a pas de site internet, mais pour une réservation, téléphonez au 514 274-1240.



vendredi 11 juillet 2014

Holder


« Il goûtait à petits coups, le vieux champagne parfait, dont les bulles, en éclatant, exhalaient un lointain parfum de rose. »
Bella Vista, Colette


Holder, Montréal (Photo Holder)
Le restaurant Holder, institution de l'élégant quartier du Vieux Montréal, est une adresse à conserver précieusement. À mi-chemin entre une brasserie parisienne et un luxueux bar-grill américain, ambiance et cuisine sont délicieuses.

Cette large salle, dont un pan de baies vitrées donne sur la rue McGill, est parsemée de banquettes de cuir et de tables en bois recouvertes d'une nappe en papier. Un plancher de bois bien ciré, un bar aux mille bouteilles scintillantes, un comptoir en cuivre et des colonnades aux tons de soleil plantent un décor chaleureux, classique et de bon goût.

Ce restaurant a des allures de grand restaurant tout en restant sympathique, efficace et abordable. Alors que Holder pourrait se prendre très au sérieux, comme le font nombre de ses confrères logeant dans le même quartier, il garde une jovialité toute simple, et un service précis, discret et adorablement sensible.

Vieux Montréal (Photo Diane S. 2012)
Côté plat, je craque systématiquement pour le tilapia grillé sur lit de haricots verts al dente, recouvert de pignons de pin rôtis et d'un généreux filet d'une huile vierge particulièrement exquise. Mon convive se laissait volontiers séduire par la gargantuesque côte de boeuf, cuite à la perfection, mais celle-ci n'est plus servie. L'onglet de boeuf aux échalottes la remplace épatamment bien. Nous prenons rarement des entrées, mais je garde un souvenir fondant de ce petit gâteau de chèvre tiède recouvert d'un chapeau de tomates confites et de plumes de basilic. 

Mon père disait toujours qu'on reconnaît un bon restaurant à la qualité de ces desserts. Chez Holder, les desserts sont douceurs intenses, le bouquet final d'un feu d'artifices de saveurs. 

Sans réservation, il est possible de s'installer du côté du bar, avec un service rapide et impeccable, et de petites tables rondes hautes sur pattes. Sinon, une réservation est recommandée.

Pour consulter le site internet du restaurant, cliquez ici.