vendredi 30 janvier 2015

Thérèse Raquin

« Thérèse, vivant dans une ombre humide, dans un silence morne et écrasant, voyait la vie s’étendre devant elle, toute nue, amenant chaque soir la même couche froide et chaque matin, la même journée vide. » Thérèse Raquin, Émile Zola


Rue McGill College, Montréal (Photo Diane S. 1996)
J'avais 16 ans lorsque j'ai lu Thérèse Raquin pour la première fois. Et je ne suis pas surprise aujourd'hui que ce livre ne m'est laissé qu'un souvenir vague et opaque. La fraîcheur de mon adolescence était certainement imperméable aux vices et aux souffrances racontés par Émile Zola dans ce roman.

Publié en 1867, avant la série des Rougon-Macquart, ce livre conte l'histoire sordide d'un couple, Thérèse et Laurent, rongé par le remords jusqu'à la mort.

Thérèse est la nièce de Madame Raquin, que cette dernière a recueillie car son frère ne pouvait la garder. Du sang oriental coule dans les veines de Thérèse, enfant farouche et fougueuse. Camille, le fils de Madame Raquin, est un enfant fragile, qui sent le malade et que sa mère couve d'une étouffante protection. Thérèse contient alors sa nature sanguine pour satisfaire les caprices maternels de sa tante.


Petite Italie, Montréal (Photo Diane S. 2014)
Les enfants grandissent dans ce terreau mal aéré, anémiés de soleil, nourris de potions et de remèdes, carencés de vie. Ils atteignent l'âge nubile, sont mariés par habitude d'être ensemble, et la vie s'écoule dans une petite mercerie que Madame Raquin a achetée dans une ruelle sombre et humide de Paris, à la demande de Camille.

Camille est un petit employé de bureau. Un soir, il rentre accompagné de Laurent, vague ami d'enfance qu'il a retrouvé par hasard à son travail. Laurent prend l'habitude de venir chez les Raquin. Laurent est un homme, et ses mains puissantes, son large cou, ses muscles saillants plongent Thérèse dans une fascination dont ses sens se sont emparés. Laurent et Thérèse deviennent amants, Thérèse par un appétit dévorant d'amour et de passions, Laurent par ennui, par défi peut-être.


Détail de la Sagrada Familia
Barcelone (Photo Diane S. 2002)
Les mois passent et les amants deviennent inséparables. L'un et l'autre ont besoin de leurs caresses. Leurs fantasmes les conduisent à imaginer le meurtre de Camille. Un dimanche, à l'occasion d'un tour en barque sur les bords de la Seine, Laurent noie Camille sous le regard de Thérèse.

Le meurtre ne sera jamais découvert par la police, qui croit à un accident. Madame Raquin, effondrée de douleur, trouve en Thérèse et en Laurent le réconfort dont elle a besoin pour continuer à vivre. Elle chérit les meurtriers de son fils et, sous les manipulations machiavéliques du couple, offre Thérèse en mariage à Laurent, avec toutes ses économies. 


Détail de la Sagrada Familia (Photo Diane S. 2002)

Les amants ne peuvent cependant pas profiter de leur crime et goûter les délices de la passion qui les avaient conduits au meurtre. Sans cesse, le spectre du noyé surgit entre eux et le couple se déchire dans une haine hideuse sans parvenir à se débarrasser de l'angoisse qui les ronge. 

Madame Raquin devient paralysée, même les muscles de son visage ne lui permettent plus d'articuler un mot, « elle gisait dans un fauteuil, comme un paquet, comme une chose... Elle en était arrivée à se servir de ses yeux comme d’une main, comme d’une bouche, pour demander et remercier… rien n’était plus singulier que ces yeux qui riaient comme des lèvres dans ce visage mort ». Elle assiste, impuissante, à l'immonde déballage du crime, aux crises de nerfs de Thérèse et de Laurent, aux coups violents qu'ils se donnent, dans la salle à manger triste et humide qui sent le moisi.  Et elle attend que la vie la venge, en regardant les meurtriers s'auto-détruire moment après moment. Et sous les yeux secs de la vieille Madame Raquin, « Laurent et Thérèse échangèrent un dernier regard, un regard de remerciement, en face du couteau et du verre de poison. Thérèse prit le verre, le vida à moitié et le tendit à Laurent qui l'acheva d'un trait ».

On ressort de ce roman courbaturé des coups que la violence de l'âme peut donner. Le style réaliste et mélodique de Zola sait heureusement apaiser les douleurs, d'un baume rafraîchissant. J'ai pour Zola une admiration sans limite que chacun de ses livres nourrit indéfectiblement.

vendredi 9 janvier 2015

Ballades dans New York - Times Square et MidTown

« Sous les tonnelles, entre les feuilles rares et jaunes, on apercevait la blancheur des nappes, les taches noires des paletots, les jupes éclatantes des femmes. » Thérèse Raquin, Émile Zola


Times Square (Photo Diane S. 2014)
Ma promenade se poursuit dans les quartiers qui font la signature de New York. 

Times Square reste fidèle à mes souvenirs. Le coeur palpitant de New York, c'est ici. Cet endroit semble canaliser les énergies de la ville, attirant à lui le mouvement, la couleur et le bruit. Grandiose, fascinant, envoûtant, Times Square ne peut être décrit. Il faut le vivre, y respirer ses vibrations, se tremper dans ce tourbillon d'impressions. Il n'est pas question ici de beauté ou d'harmonie car il s'agit d'un tout autre registre. On est plutôt dans le spectaculaire, dans une ambiance électrisante qui nous déplace sur une autre longueur d'onde. On change de monde en venant à Times Square, quittant un univers où le temps et la modération sont de rigueur, pour entrer dans une dimension atemporelle, démesurée et sans repère. Times Square ne dort jamais et la lumière des néons ne permet plus de distinguer le jour de la nuit. Comme un soleil, ce quadrilatère rayonne de mille feux auxquels on vient se ressourcer.

5e Avenue (Photo Diane S. 2014)
Le quartier environnant représente mon rêve américain. Je pensais être davantage sous le charme de Greenwich Village, NoLiTa, SoHo, Chelsea, mais c'est pourtant dans MidTown que mon cœur sautille de joie. 

À l'approche des fêtes de fin d'année, un marché de Noël s'est installé dans le joli Bryant Park. Ce délicieux endroit est d'un romantisme digne des films de Gary Grant et Deborrah Kerr. Idéal pour une pause déjeuner, je me suis installée sur l'une des jolies tables de pique-nique qui entourent la patinoire, un bol de soupe fumante entre les mains. Des kiosques vendent des plats chauds à emporter.


Rockefeller Center (Photo Diane S. 2014)
MidTown, c'est aussi le quartier des affaires et mon goût pour les gratte-ciels est ici comblé. J'aime surtout l'heure du lunch, pendant laquelle les employés mangent à la va-vite dans les nombreux comptoirs de prêt-à-manger (pour reprendre l'expression d'une enseigne). Que le lunch soit acheté ou apporté de la maison, on s'installe à la bonne franquette dans des endroits prévus à cet effet, sans le tralala d'un restaurant. C'est à la recherche de cette liberté que je me suis installée à Montréal, il y a 18 ans maintenant. Et encore aujourd'hui, je reste émerveillée par cette absence de protocole dont la simplicité révèle l'essentiel.



MidTown (Photo Diane S. 2014)
J'avais oublié que Grand Central Terminal, une des trois gares de la ville, était si belle. La lumière tamisée, l'immense horloge qui veille sur le hall, la myriade de voyageurs qui traversent ces couloirs qu'on dirait de marbre, l'écho des pas qui réverbère sous la voûte étoilée et les balcons d'où l'on peut admirer ce continuel ballet, font de cet endroit un lieu magnifique.

Les vitrines des magasins chics de la 5e ou de Madison Avenue sont des œuvres d'art devant lesquelles les badauds émerveillés restent suspendus. Je croyais Paris l'unique souveraine en matière d'élégance, mais je me trompais. 
Central Park (Photo Diane S. 2014)
Loin du luxe tapageur auquel les américains de Los Angeles nous ont habitué, les devantures que j'ai vues ici sont décorées avec un goût subtil et poétique. Mais avec le temps, mon regard a peut-être changé... 

Ma promenade prend fin aux abords de Central Park. Le brouillard qui s'abat sur le parc recouvre son visage d'une fine voilette, rendant ainsi son regard vaporeux. 

C'est ici que se termine le récit de mon séjour à New York. Cette ville reste pour moi un mystérieux secret qu'aujourd'hui, je sais ne jamais percer. Sa diversité, son effervescence, son éclat, sa démesure en toutes choses, son rythme, sa puissance font d'Elle un pôle qui attire tout à lui, le bon, comme le moins bon. New York est pour moi l’œil du monde, fait pour voir et être vu, et à partir duquel il est possible de se forger un regard neuf, libéré de toutes les conventions.