![]() |
| Rue McGill College, Montréal (Photo Diane S. 1996) |
Publié en 1867, avant la série des Rougon-Macquart, ce livre conte l'histoire sordide d'un couple, Thérèse et Laurent, rongé par le remords jusqu'à la mort.
Thérèse est la nièce de Madame Raquin, que cette dernière a recueillie car son frère ne pouvait la garder. Du sang oriental coule dans les veines de Thérèse, enfant farouche et fougueuse. Camille, le fils de Madame Raquin, est un enfant fragile, qui sent le malade et que sa mère couve d'une étouffante protection. Thérèse contient alors sa nature sanguine pour satisfaire les caprices maternels de sa tante.
| Petite Italie, Montréal (Photo Diane S. 2014) |
Camille est un petit employé de bureau. Un soir, il rentre accompagné de Laurent, vague ami d'enfance qu'il a retrouvé par hasard à son travail. Laurent prend l'habitude de venir chez les Raquin. Laurent est un homme, et ses mains puissantes, son large cou, ses muscles saillants plongent Thérèse dans une fascination dont ses sens se sont emparés. Laurent et Thérèse deviennent amants, Thérèse par un appétit dévorant d'amour et de passions, Laurent par ennui, par défi peut-être.
![]() |
| Détail de la Sagrada Familia Barcelone (Photo Diane S. 2002) |
Le meurtre ne sera jamais découvert par la police, qui croit à un accident. Madame Raquin, effondrée de douleur, trouve en Thérèse et en Laurent le réconfort dont elle a besoin pour continuer à vivre. Elle chérit les meurtriers de son fils et, sous les manipulations machiavéliques du couple, offre Thérèse en mariage à Laurent, avec toutes ses économies.
![]() |
| Détail de la Sagrada Familia (Photo Diane S. 2002) |
Les amants ne peuvent cependant pas profiter de leur crime et goûter les délices de la passion qui les avaient conduits au meurtre. Sans cesse, le spectre du noyé surgit entre eux et le couple se déchire dans une haine hideuse sans parvenir à se débarrasser de l'angoisse qui les ronge.
Madame Raquin devient paralysée, même les muscles de son visage ne lui permettent plus d'articuler un mot, « elle gisait dans un fauteuil, comme un paquet, comme une chose... Elle en était arrivée à se servir de ses yeux comme d’une main, comme d’une bouche, pour demander et remercier… rien n’était plus singulier que ces yeux qui riaient comme des lèvres dans ce visage mort ». Elle assiste, impuissante, à l'immonde déballage du crime, aux crises de nerfs de Thérèse et de Laurent, aux coups violents qu'ils se donnent, dans la salle à manger triste et humide qui sent le moisi. Et elle attend que la vie la venge, en regardant les meurtriers s'auto-détruire moment après moment. Et sous les yeux secs de la vieille Madame Raquin, « Laurent et Thérèse échangèrent un dernier regard, un regard de remerciement, en face du couteau et du verre de poison. Thérèse prit le verre, le vida à moitié et le tendit à Laurent qui l'acheva d'un trait ».
On ressort de ce roman courbaturé des coups que la violence de l'âme peut donner. Le style réaliste et mélodique de Zola sait heureusement apaiser les douleurs, d'un baume rafraîchissant. J'ai pour Zola une admiration sans limite que chacun de ses livres nourrit indéfectiblement.


