« Tout le Bois frissonnait et riait sous le soleil »
La Curée, Émile Zola
La Curée, Émile Zola
C'est le Paris des cocottes que décrit Zola
dans La curée, le deuxième volume de
la série Les Rougon-Macquart. Publié
en 1871, ce roman brosse à coup de plume impitoyable le portrait du Paris débauché
du second Empire.
| Avenue Montaigne, Paris. (Photo Diane S. 2010) |
Profitant des grands travaux menés par le
baron Haussmann et de la fortune personnelle de sa seconde épouse qu’il n’hésite
pas à ruiner, Aristide Saccard, un spéculateur immobilier s’enrichit démesurément.
Le couple habite un hôtel particulier qui donne sur le parc Monceau, tapageusement
décoré, « Le
grand salon allongeait maintenant (…) son tapis nu, dont les grandes fleurs de
pourpre s’ouvraient, sous l’égouttement de lumière tombant du cristal des
lustres. ». Zola décrit minutieusement la métamorphose d’un
Paris qui profite à une horde affamée d’hommes d’affaires sans scrupules, un
Paris semblable à une de « ces
sociétés qui poussèrent comme des champignons empoisonnés sur le fumier des
spéculations impériales ». Nos scandales d’aujourd’hui sont bien timides
en comparaison des abus d’alors…
Les appétits féroces de ces hommes d’affaires
ne se contentent pas seulement d’argent et de pouvoir. Les femmes et le plaisir
sont le raffinement qui aurait manqué à leurs libations. Au milieu de cette
odeur d’asphalte et de plâtre, Paris sent aussi le musc et la violette. La
délicatesse des divertissements maquille à grand peine la débauche de cette
société boulimique qui distille dans Paris, un air chargé de désir et de
lassitude… « des
éventails battaient lentement, comme des ailes, jetant à chaque souffle, dans
l’air alangui, les parfums musqués des corsages. »
Dans cette atmosphère légère, Renée, la seconde et
jeune épouse d’Aristide Saccard, partage ses journées oisives avec le fils de
celui-ci, Maxime. Renée, d’un tempérament fantasque et provocateur, déguise l’ennui
de sa vie en de multiples folies, généralement coûteuses, et qui la font briller
en société. Cet éclat retombant en pluie d’or sur Saccard, celui-ci, loin de s’opposer
à ses extravagances, les encourage. « (Renée)
portait, sur une robe de soie mauve à tablier et à tunique, garnie de larges
volants plissés, un petit paletot de drap blanc, aux revers de velours mauve
(…) Ses étranges cheveux fauve pâle, dont la couleur rappelait celle du beurre
fin, étaient à peine cachés par un mince chapeau orné d’une touffe de roses du
Bengale ».
| Jardin du Luxembourg (Photo Diane S. 2012) |
L’amitié complice qui lie Renée et Maxime, sensiblement
du même âge, se fond dans les pages du roman, tant elle est naturelle. Les deux
enfants, naïfs, jouisseurs, dépensiers, n’entendent rien aux affaires. Tandis
qu’Aristide Saccard échafaude des plans machiavéliques pour engranger d’incroyables
profits, Renée et Maxime s’habillent chez Worms, se promènent au Bois en Tilbury
et vont souper au café Riche après le théâtre. Et c’est là que, un soir où l’air
de Paris était particulièrement suave, leur ennui lascif s’est échoué sur les
rives du plaisir, entremêlé. Maxime et Renée sont devenus amants. Les scènes
les plus sensuelles, c’est dans ce roman que je les ai lues, dans la serre que
Vadim avait si magnifiquement mis en scène dans son film « La curée ».
« Mais il était un lieu, dont Maxime
avait presque peur, et où Renée ne l’entraînait que les jours mauvais, les
jours où elle avait besoin d’une ivresse plus âcre. Alors, ils aimaient dans la
serre. C’était là qu’ils goûtaient l’inceste. »
Cette liaison rassasia la fringale affective de Renée
un court moment. Mais son vide intérieur continuait de se creuser, à son insu. Il
lui fallait plus, ses appétits devenaient démesurés. Et Maxime, ce jeune homme
mou, sans ambition, n’était pas en mesure de satisfaire les caprices de sa
maîtresse. Aussi, le jour où son père lui proposa un mariage d’affaires avec une
riche héritière, accepta-t-il. Ce fût aussi le jour où l’idylle entre le fils
et l’épouse fût dévoilée au père. Et parce que René avait besoin d’argent et qu’elle
acceptait de signer un acte de vente à son désavantage, elle fût pardonnée par
Saccard qui partit, bras dessus, bras dessous avec son fils, rejoindre la fête costumée qu’ils donnaient ce jour-là. Les deux marionnettes de Saccard
furent ainsi séparées et Renée, ruinée, à la merci de son époux véreux, mourut
d’une méningite l’année qui suivit. Seule.
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