mardi 26 août 2014

Katia

« Est-ce que je n'ai pas raison, moi aussi, quand je m'ennuie, quand partout je sens le vide, quand je veux vivre, me mouvoir, ne pas rester toujours au même endroit et ne pas sentir le temps marcher sur moi ? » Katia, Léon Tolstoï

Marianna Mikhaylyan. La ballerine
Ce roman, publié en France en 1888, est le journal simple et frais d'une jeune fille. Comment Tolstoï, qui en est l'auteur, peut-il connaître à ce point l'âme des femmes ? Toute la sensibilité de cette jeune fille transpire dans ce petit livre délicat et raffiné comme une fleur. L'histoire est simple et rappelle celle de Lévine et Kitty dans Anna Karénine

À la mort de sa mère, Katia vit dans la campagne russe avec sa sœur Sonia et sa gouvernante Macha. L'ennui y est lourd, et la jeune fille, consciente de sa beauté, regrette de ne pouvoir l'offrir au monde. Elle tombe alors dans une mélancolie que l'arrivée de Serge Mikaïlovitch, un voisin et ami de la famille, réussit à éteindre. Serge a 20 ans de plus que Katia, qui a alors 17 ans.

Les raisons de l'amour qui naît entre les deux êtres sont obscures. Katia est-elle le souvenir de son père avec qui Serge a été si ami ? Sa jeunesse est-elle un fruit auquel on ne peut résister ? Serge est-il le seul homme que Katia connaisse ? Voit-elle en lui celui qui lui ouvrira les portes du monde ? Katia croit que son amour pour Serge est sincère et décrit dans son journal les emportements de son cœur avec une délicieuse pureté.

Le mariage a finalement lieu et Katia emménage dans le domaine de son nouvel époux, en présence de sa belle-mère. Les hivers sont aussi longs et ennuyeux qu'ils l'étaient dans la demeure de son enfance et Serge comprend que cette jeune fille doit découvrir le monde, s'y montrer et en goûter les délices, aussi factices soient-ils. Le couple emménage alors à Saint Pétersbourg, et Katia fait ses débuts dans la société.

« ... je savais que j’étais jolie, le temps était superbe, je ne sais quelle atmosphère de beauté et d’élégance m’enveloppait ». C'est dans cette ambiance ruisselante de luxe et de mondanités que Katia se sent enfin vivre pour la première fois. La maternité ne l'éloignera pas du plaisir des fêtes et le couple perd subrepticement la complicité si naturelle qui s'était établie entre eux alors qu'ils vivaient à la campagne. Mais par amour pour sa femme, Serge consent à rester dans cette ville qu'il n'aime pas, sans rien dire.



Lisbonne (Photo Diane S. 2011)
Katia virevolte comme un papillon dans la lumière des lustres et des honneurs. Et elle voit avec tristesse que leur amour a changé. Serge semble s'être résigné. Les quelques tentatives qu'elle fait pour lui parler avec sincérité restent vaines. Serge et Katia acceptent que leur amour n'ait plus la ferveur des débuts et reconnaissent qu'une autre forme d'amour s'est développée, moins flamboyante, mais plus nourrissante. Il n'y a alors plus rien à raconter et le journal se termine sur l'image d'un bonheur tranquille, en famille, à la campagne.


Le thème de la passion est cher à Tolstoï qui l'a abordé amplement dans Anna Karénine. Pour Tolstoï, une vie de famille équilibrée apporte la sérénité qui suffit seule au bonheur. La passion est un feu d'artifice destructeur qui ne laisse sur son passage que les cendres des âmes qui l'ont vécue. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire