lundi 23 juin 2014

Le bal du comte d'Orgel

« Il se réveilla, barbouillé de mélancolie »
Le bal du comte d'Orgel
, Raymond Radiguet

San Francisco ( photo Diane S. 2009 )
Paru en 1924, peu de temps après la mort de son auteur, Le bal du comte d’Orgel est le deuxième roman de Raymond Radiguet. Son premier roman, Le diable au corps, a remporté un succès que le Bal ne connaîtra qu’à sa parution. Raymond Radiguet était un prodige et il mourut à l’âge de 20 ans. Son ami très intime, Jean Cocteau, finalisa la révision du Bal, avec l’aide de Joseph Kessel, pour en permettre la publication. Ce qui donna matière à une large polémique autour de la part réelle que prit le célèbre écrivain dans la confection de ce roman.
Le bal est un roman mondain, qui ne m’a laissé dans son sillage qu’un élégant parfum du Paris des années 20, vu par la noblesse. Une ambiance vaporeuse comme un nuage, douce comme une caresse. Et une écriture sèche, tissée de certitudes qui semblent incongrues lorsqu’on les sait écrites par un jeune auteur de 20 ans. La trame de ce roman est une histoire d’amour platonique entre la comtesse Mahaut d’Orgel et le jeune étudiant François de Séryeuse, « sans savoir que leurs pensées s’enlaçaient ». Ce dernier s’est récemment lié d’amitié avec le couple que forment Mahaut et Anne d’Orgel.

San Francisco ( photo Diane S. 2009 )
François tait son amour pour ne pas risquer cette précieuse et récente amitié qu’il voue au comte Anne d’Orgel. Le comte est un personnage caricatural, ne s’occupant que de futilité, plus habile à paraître qu’à être… « En proie à une véritable surprise, le comte d’Orgel se taisait. Car il n’était habile à exprimer que ce qu’il n’éprouvait pas ». Et dans son ombre, évolue Mahaut d’Orgel, issue d’une très grande famille de la Martinique. Mahaut incarne la volupté des îles… « Mahaut sortit la glace qu’elle consultait, non par coquetterie, mais comme une montre, pour savoir s’il était l’heure du départ », la passivité aussi…« Madame d’Orgel attendait que son mari se décidât à rompre le silence, pensant qu’il ne lui appartenait point à elle de le faire. »

À l’instar de la Princesse de Clèves, Mahaut d’Orgel cèdera à la facilité de confier à son époux, l’amour qu’elle éprouve pour François. Mais contrairement au Prince de Clèves, qui mourra de cet aveu, le comte d’Orgel ne croira qu’à un malentendu et poursuivra sa vie de plaisirs mondains, ne voulant pas être dérangé dans ses certitudes, ni dans sa vanité.

Tout comme Le ravissement de Lol. V. Stein, Le bal du comte d’Orgel appartient à ce type de romans légers et élégants dont le titre magnifique contient à lui seul toute la musicalité de l’œuvre, et toutes ses promesses aussi. 

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