« Peut-être aussi que sa passion n’avait subsisté
que parce qu’il n’en aurait pas trouvé en moi. »
La princesse de
Clèves, Madame de La Fayette
![]() |
| Léonard de Vinci. La belle ferronnière (1497) |
Publié en 1678, ce roman se déroule à la fin du règne
de Henri II, en 1559. L’intrigue est alors un art qui occupe tous les esprits
et dont le salut dépend. « Si vous jugez les apparences en ce lieu-ci, vous
serez souvent trompée : ce qui paraît n’est presque jamais la
vérité » dira Madame de Chartres, à sa fille.
Dans cette ambiance tissée de mensonges et de tromperies,
une jeune fille éclot, comme une rose dans un jardin de ronces. Mademoiselle de
Chartres n’a que 16 ans lorsque sa mère la mène à la Cour. Sa beauté et son
innocence émeuvent et conquièrent tous les cœurs, dont celui de Monsieur de
Clèves qui parvient à l’épouser.
Cependant, ce mariage ne satisfait pas entièrement le
prince, « vous n’avez pour moi, lui dira-t-il, qu’une sorte de bonté qui
ne peut me satisfaire; vous n’avez ni impatience, ni inquiétude, ni chagrin; …
je ne touche ni votre inclination, ni votre cœur, et ma présence ne vous donne
ni de plaisir, ni de trouble ». Madame de Clèves ne sait pas encore qu’elle
n’est pas amoureuse de ce prince à qui elle vient d’unir sa vie. Elle ressent pour lui des sentiments respectueux, qu’elle méprend pour de l’amour.
C’est au bal qu’elle rencontrera le duc de Nemours. Et
le trouble qu’elle ressentira alors, lui fera comprendre ce qu’est l’amour, et
ce qu’il n’est pas. Et qu’on ne peut le forcer. Mais Madame de Clèves choisit
la violence de renier cet amour à l’ivresse coupable de s’y abandonner. L’innocence
sincère de cette jeune fille qui se débat de toute son âme pour ne pas tromper
son mari est cruellement naïve. Voyant en son époux, un père à qui l’on peut se confier, elle lui fera l’aveu de sa
passion platonique pour cet autre homme. Scellant ainsi aux yeux de son époux,
l’espoir d’être aimé d’elle un jour. Tout aussi fragile et vulnérable qu’est la
princesse, elle aura la force de renoncer à l’élan vital qui la pousse vers la
vie, pour choisir le néant. Entraînant dans cette lutte, le prince
de Clèves, qui mourra de chagrin de savoir le cœur de sa femme à un autre.
![]() |
| Daphné Mercenier. Delphine (1995) |
La question de l’amour est magnifiquement posée dans
ce bijou de livre qui décrit avec finesse et délicatesse, la dualité entre la passion et la raison.
Désormais libre, la princesse de Clèves ne cèdera cependant
jamais aux multiples instances du duc de Nemours. Elle préfèrera partager ses
jours entre un couvent et sa maison de campagne à l’abri des miasmes de la Cour,
cherchant ainsi le repos de son cœur, plutôt que de se donner à l’homme qu’elle
aime et à qui elle dira « Les hommes conservent-ils de la passion dans ces
engagements éternels? Dois-je espérer un miracle en ma faveur et puis-je me
mettre en état de voir certainement finir cette passion dont je ferais toute ma
félicité? ». Le duc de Nemours, fou de douleur, devra se résigner à la laisser à sa solitude, emportant avec lui la vie et son
cortège chatoyant.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire