samedi 22 mars 2014

La princesse de Clèves

« Peut-être aussi que sa passion n’avait subsisté que parce qu’il n’en aurait pas trouvé en moi. »

La princesse de Clèves, Madame de La Fayette



Léonard de Vinci. La belle ferronnière (1497)
Publié en 1678, ce roman se déroule à la fin du règne de Henri II, en 1559. L’intrigue est alors un art qui occupe tous les esprits et dont le salut dépend. « Si vous jugez les apparences en ce lieu-ci, vous serez souvent trompée : ce qui paraît n’est presque jamais la vérité » dira Madame de Chartres, à sa fille.

Dans cette ambiance tissée de mensonges et de tromperies, une jeune fille éclot, comme une rose dans un jardin de ronces. Mademoiselle de Chartres n’a que 16 ans lorsque sa mère la mène à la Cour. Sa beauté et son innocence émeuvent et conquièrent tous les cœurs, dont celui de Monsieur de Clèves qui parvient à l’épouser.

Cependant, ce mariage ne satisfait pas entièrement le prince, « vous n’avez pour moi, lui dira-t-il, qu’une sorte de bonté qui ne peut me satisfaire; vous n’avez ni impatience, ni inquiétude, ni chagrin; … je ne touche ni votre inclination, ni votre cœur, et ma présence ne vous donne ni de plaisir, ni de trouble ». Madame de Clèves ne sait pas encore qu’elle n’est pas amoureuse de ce prince à qui elle vient d’unir sa vie. Elle ressent pour lui des sentiments respectueux, qu’elle méprend pour de l’amour.

C’est au bal qu’elle rencontrera le duc de Nemours. Et le trouble qu’elle ressentira alors, lui fera comprendre ce qu’est l’amour, et ce qu’il n’est pas. Et qu’on ne peut le forcer. Mais Madame de Clèves choisit la violence de renier cet amour à l’ivresse coupable de s’y abandonner. L’innocence sincère de cette jeune fille qui se débat de toute son âme pour ne pas tromper son mari est cruellement naïve. Voyant en son époux, un père à qui l’on peut se confier, elle lui fera l’aveu de sa passion platonique pour cet autre homme. Scellant ainsi aux yeux de son époux, l’espoir d’être aimé d’elle un jour. Tout aussi fragile et vulnérable qu’est la princesse, elle aura la force de renoncer à l’élan vital qui la pousse vers la vie, pour choisir le néant. Entraînant dans cette lutte, le prince de Clèves, qui mourra de chagrin de savoir le cœur de sa femme à un autre.
Daphné Mercenier. Delphine (1995)

La question de l’amour est magnifiquement posée dans ce bijou de livre qui décrit avec finesse et délicatesse, la dualité entre la passion et la raison.

Désormais libre, la princesse de Clèves ne cèdera cependant jamais aux multiples instances du duc de Nemours. Elle préfèrera partager ses jours entre un couvent et sa maison de campagne à l’abri des miasmes de la Cour, cherchant ainsi le repos de son cœur, plutôt que de se donner à l’homme qu’elle aime et à qui elle dira « Les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements éternels? Dois-je espérer un miracle en ma faveur et puis-je me mettre en état de voir certainement finir cette passion dont je ferais toute ma félicité? ». Le duc de Nemours, fou de douleur, devra se résigner à la laisser à sa solitude, emportant avec lui la vie et son cortège chatoyant.

Il y a quelque chose de pur et de sublime dans l’abnégation de soi. Mais la vie est un fouillis d’ombres et de lumières. Renoncer à la vie pour goûter la douceur que l’on trouve dans la certitude de sa perfection et de la non-souffrance revient à choisir la mort. Et c’est le choix que je dois m’efforcer de ne pas faire…

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